Surexposition aux écrans


#1

Quelles politiques publiques mettre en œuvre pour favoriser un usage non nocif des écrans et protéger la population, notamment les plus jeunes ?


#2

Bonjour,

je dépose quelques éléments pour débat “numérique et santé” de ma place de psychiatre addictologue hospitalier.

Enjeux :
•Impact du numérique sur la dimension santé
•Conceptualisation variable selon l’âge d’exposition et le type d’utilisation
•Capacités d’autorégulation individuelle d’usages du numérique, place des familles
•Définition des facteurs de susceptibilité à une problématique de mésusage voire d’addiction
•Positionnement familial et sociétal vis-à-vis de ces nouveaux outils
•Modalités de régulation et de prévention.
•Modalités de prise en charge structurées selon la gravité et les différents niveaux de recours
•Place du numérique dans les prises en charge de problématiques traditionnelles de santé (numérique et diabète, ECG et montre connectée…)

Grands principes :
•Définition d’une stratégie générale et des acteurs pertinents pour répondre à l’ensemble des questions posées dans les enjeux
•Structuration d’une politique de prévention
•Structuration d’une politique de soins

Mesures proposées :
•Référentiel national de support à la prévention des mésusages
•Répertoriation / création des outils de prévention variés adaptés aux publics rencontrés
•Organisation d’une filière de soins allant de la simple consultation diagnostic d’orientation à des services de recours pouvant proposer une hospitalisation.
•Dispensation de formation à géométrie variable sur cette thématique

Sur une autre plateforme, j’ai colligé (sans aucune prétention d’exhaustivité) :
•bibliographie récente : https://twitter.com/BrunoROCHERR/status/1050827304790892544
•interventions et coupures de presse : https://twitter.com/BrunoROCHERR/status/1052713965845807105

Bons échanges.


#3

Bonjour,
je partage avec vous la vision de l’industrie du jeu vidéo quant aux outils d’information du public et de contrôle des usages qui constituent aujourd’hui un bon exemple de dispositif d’accompagnement des familles.
Ce dispositif est coconstruit avec les pouvoirs publics et les régulateurs (en France CSA et DGCS).

[Enjeux]

Le jeu vidéo est entré massivement dans les foyers français ces 20 dernières années. Aujourd’hui, plus d’un Français sur deux joue régulièrement aux jeux vidéo contre un sur cinq il y a 20 ans. Cette adoption massive et rapide crée forcément des interrogations au sein des familles, renforcées par le décalage générationnel entre enfants qui jouent et parents qui ne jouent pas.

[Principes]

L’industrie du jeu vidéo a dès le milieu des années 1990 exprimé la volonté d’accompagner les changements sociétaux liées à la pratique des jeux vidéo en donnant aux familles les outils pour mieux comprendre le phénomène et en favoriser une pratique sereine. Ce dispositif d’accompagnement et d’encadrement se compose à la fois des outils d’information du consommateur (le système PEGI, le collectif PédaGoJeux) et des outils de contrôles (systèmes de contrôle parental).

[Mesures réalisées]

A les outils d’information

Le Système PEGI

Au printemps 2003, sous l’impulsion de l’ISFE (Interactive Software Federation of Europe), le SELL a participé au développement d’un système de classification des jeux vidéo selon leur contenu : le système PEGI (Pan European Game Information). Il s’est rapidement substitué à un certain nombre de systèmes nationaux de classification par âge au moyen d’une signalétique unique, désormais utilisé dans la plupart des pays d’Europe. Géré par un organisme indépendant, le système PEGI est l’assurance d’une information compréhensible et précise quel que soit le niveau de connaissance du jeu vidéo par les consommateurs. Il a pour premier but d’informer les joueurs et les parents du contenu et âge approprié et recommandé pour jouer à un jeu vidéo donné.

Aujourd’hui le système PEGI est présent dans 38 pays et regroupe 2000 sociétés membres.** Le système PEGI a été élaboré et fondé sur la base des systèmes de classification existants en Europe et bénéficie du soutien de la majorité des instances gouvernementales concernées dans les États membres. Un large panel d’universitaires, de consommateurs et d’autres groupes concernés ont été impliqués dans la rédaction du formulaire d’évaluation et le façonnage de l’organisation, afin de refléter les divers standards culturels et attitudes qui ont cours dans les différents États membres.

En France, le système PEGI est homologué par le ministère de l’Intérieur depuis 2015. Une décision qui impose aux éditeurs de jeux de présenter l’âge conseillé sur la face avant des boîtiers de jeux et sur leurs supports de communication (vidéos, sites Internet, affiches publicitaires…).Par ailleurs, les fabricants de consoles de jeux (Nintendo, Microsoft et Sony) exigent une classification PEGI pour tous les éditeurs qui souhaitent publier sur leurs plateformes en Europe.

Le système PEGI a été créé par et appartient à la Fédération européenne des logiciels de loisirs (ISFE), basée en Belgique. L’ISFE a confié la gestion et le développement au quotidien du système à une entité autonome baptisée PEGI S.A., qui est une organisation à but non-lucratif ayant une fonction sociale. La certification elle-même n’est pas attribuée par les instances du PEGI mais par deux instituts indépendants et partenaires, le NICAM (Netherland Institute for the Classification of Audiovisual Media) et le VSC (Video Standard Council). Les éditeurs ne sont intégrés au PEGI qu’au travers de leur rôle d’experts, consultatif.

PEGI et son groupe d’experts suivent les évolutions de l’industrie et de la recherche scientifique dans les médias, la psychologie, les affaires juridiques… Une veille constante est réalisée sur les tendances dans le jeu vidéo et la société. Il adapte régulièrement les critères du système de classification, pour que PEGI reflète au plus près ces nouvelles sensibilités.

PédaGoJeux

Fondé en 2008, le collectif PédaGoJeux a pour mission d’informer les parents et les médiateurs éducatifs sur les pratiques et les usages du jeu vidéo. Animé par l’Unaf (Union nationale des associations familiales), PédaGoJeux profite de l’expertise et de la pluralité de ses membres (l’Unaf, le ministère en charge de la Famille, Internet sans crainte, le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (S.E.L.L.), JeuxOnLine, l’Association nationale pour l’amélioration de la Vue et l’association Action Innocence Monaco) pour prodiguer une information indépendante et objective. Sans présenter une image angélique du jeu vidéo ni, au contraire, diaboliser ce loisir toujours plus populaire chez les jeunes, PédaGoJeux explique ses atouts et les points de vigilance.

Ainsi, sur le site de PédaGoJeux, les visiteurs accèdent-ils à des conseils, des fiches pratiques, des dossiers et de nombreuses autres ressources qui abordent tous ces aspects du jeu vidéo. Outre l’explication du système PEGI et de sa signalétique, parents et éducateurs peuvent consulter des articles expliquant les différents types de jeux vidéo. En effet, si la classification PEGI offre une information incontestable sur le contenu des jeux vidéo, elle n’a pas vocation à décrire la complexité des énigmes ou du maniement des jeux certifiés. De même, face aux débats qui peuvent entourer la sortie de certains titres, PédaGoJeux propose des articles présentant les points faisant débat. Ainsi, parents et éducateurs savent facilement si le jeu correspond aux valeurs qu’ils veulent partager avec les enfants dont ils ont la charge.

Afin d’élargir son action, PédaGoJeux fédère, depuis 2014, un réseau d’Ambassadeurs. Ces structures publiques ou associatives, nationales ou locales (établissements scolaires, collectivités territoriales, bibliothèques, médiathèques, ludothèques, EPN, associations sportives, etc.) réalisent de nombreuses actions de terrain afin de favoriser une pratique sereine du jeu vidéo dans les familles. Ce programme a reçu, en 2014, le label du Défenseur des droits dédié à la célébration du 25e anniversaire de la Convention des droits de l’enfant.

B les outils de Contrôle

Au-delà du système PEGI, les différents constructeurs proposent aujourd’hui à travers les ordinateurs et les consoles un système de contrôle parental permettant aux parents de superviser les jeux auxquels jouent leurs enfants. Le contrôle parental permet de s’assurer que le joueur évolue sur Internet ou sur sa console de jeux sans risquer d’être confronté à du contenu choquant ou inapproprié pour son âge.

Depuis quelques années, les fabricants de consoles (Sony, Microsoft et Nintendo), les systèmes d’exploitation Windows et Apple ou encore Google utilisent le système PEGI pour proposer une solution de contrôle parental simple et efficace. Il suffit de quelques minutes et de quelques manipulations pour interdire à ses enfants l’accès aux jeux dépassant une certaine catégorie d’âge, surveiller et contrôler les achats en ligne, limiter la navigation sur Internet, mais également le temps passé à jouer ou le niveau d’interaction en ligne.

Les systèmes présents sur les consoles de jeu sont particulièrement aboutis et proposent souvent des applications dédiées sur smartphones permettant de paramétrer en temps réel les usages des différents utilisateurs de la console.

[Conclusion]

Les pratiques du jeu vidéo sont en cours d’acculturation au sein des familles qui apprennent à gérer ce nouveau loisir comme elles l’ont fait auparavant avec la télévision ou l’ordinateur individuel. La régulation doit accompagner ce mouvement en proposant une information claire qui réponde aux interrogations quel qu’en soit le niveau d’expertise et des outils de contrôle qui permettent d’encadrer la pratiques en fixant des limites notamment aux plus jeunes moins en mesure de s’autoréguler.

L’industrie du jeu vidéo est dans un dialogue constant avec les pouvoirs publics, les différents régulateurs et les experts pour faire évoluer ce dispositif et toujours mieux accompagner les joueurs et leurs familles dans leur pratique du jeu vidéo.


#4

Le marché mondial du smartphone a baissé de 1,8% au deuxième trimestre 2018 par rapport à la même période l’an dernier, avec 342 millions d’appareils vendus. Ce marché est désormais quasiment saturé, chaque foyer disposant à présent d’appareils électroniques capables de se connecter aux services de divertissement, à disposition des adultes mais également des plus jeunes. Ces appareils sont ainsi utilisés par le jeune public, à domicile, pour consulter des vidéos en ligne, jouer à des jeux vidéo ou visionner des contenus. Cette évolution technologique et sociologique s’est accompagnée d’une constante : en une vingtaine d’années, nous sommes passés d’un à deux récepteurs de télévision par foyer, à une moyenne aujourd’hui de sept écrans. Ce constat appelle des conséquences pratiques : la démultiplication des écrans au sein des foyers entraine une augmentation du temps journalier passé devant un écran. Ainsi, en 2017, 4 heures devraient avoir été quotidiennement consacrées aux activités numériques (s’entendant comme toutes les activités liées à un ordinateur fixe ou portable, à un smartphone ou à une tablette, incluant le temps passé à envoyer des SMS (appels exclus), à consulter des photos, jeux, vidéos ou ebooks). Les évolutions de la structure familiale, de la société et des contenus, élargissent le champ de cette problématique, qui ne concerne plus seulement les adultes mais également les enfants. Devant un tel phénomène, les experts tirent le signal d’alarme et pointent ce qu’ils identifient comme une dérive inquiétante. Selon eux, les comportements quant à l’usage des écrans peuvent devenir abusifs et entrainer alors des problèmes variés, d’autant plus préoccupants chez les plus jeunes, en phase de développement. L’idée d’un besoin de protection contre ce qui est appelé « l’addiction numérique » apparaît alors, impliquant de fait plusieurs acteurs : la famille, la société et les éditeurs de services en ligne et d’appareils électroniques. (…)

Retrouver la position intégrale de TECH IN France sur ces sujets ici

https://www2.techinfrance.fr/contribution_etats_generaux