Transition numérique de la radio et préservation du modèle hertzien


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Le SIRTI (Syndicat des Radios Indépendantes, www.sirti.info) est une organisation professionnelle qui réunit 169 radios indépendantes, régionales, locales, thématiques et généralistes diffusées sur l’ensemble du territoire en FM, en DAB+ et via les webradios. Écoutées chaque jour par plus de 9 millions d’auditeurs, les radios indépendantes représentent la première audience de France et le premier employeur de la radio privées, employant 2500 salariés dont 500 journalistes.

Par la diversité de leurs formats, leurs approches locales, départementales, régionales ou leurs offres thématiques, les radios indépendantes occupent une place importante au sein du paysage audiovisuel français. Nées en 1981 à la libération des ondes, elles ont su construire une offre radiophonique qui participe à la richesse du paysage médiatique français. En phase avec leur époque, les radios indépendantes ont également construits une offre sur le numérique. L’application « Les Indés Radios » et son Mur du Son, lancés en 2012, ont été téléchargés plus de 2,3 millions de fois à ce jour et comptent 350 000 utilisateurs par mois. Les sites internet des radios indépendantes reçoivent la visite mensuelle de 12,6 millions d’internautes ; elles comptent 5 millions de téléchargements de leurs applications et près de 10 millions de fans sur leurs réseaux sociaux.

L’enjeu de la diffusion et de la réception hertzienne – et non IP – tout comme celui de la préservation du modèle “broadcast” restent un enjeu déterminant pour les radios ainsi que pour nos concitoyens. Selon une étude IFOP/SIRTI d’avril 2018, 90% des français sont attachés à la radio hertzienne ; il s’agit d’un droit universel, devant rester gratuit et indépendant des réseaux téléphoniques et d’Internet. Un éventuel basculement de la diffusion audiovisuelle vers le tout IP fait aujourd’hui peser un risque de perte de la maîtrise de la diffusion et de la réception de la radio hertzienne .

Préserver la diffusion hertzienne de la radio, c’est protéger la souveraineté numérique française, maintenir une offre de contenus régulée et soutenir le pluralisme des acteurs français.

Ainsi, le SIRTI s’interroge sur le rôle que pourrait jouer le Secrétariat d’Etat au Numérique sur deux enjeux précis, convaincu que l’hertzien et le numérique n’ont pas à être opposés :

1/ Le soutien et l’implication des pouvoirs publics dans le déploiement de la radio numérique terrestre, désormais appelée DAB+ :

Avec le DAB+, la radio dispose d’un avenir numérique sur lequel elle peut conserver une maitrise. Face à la saturation de la bande de fréquences FM et à la concurrence de plus en plus forte des acteurs numériques, le DAB+ est en effet une alternative technologique à Internet et l’offre non régulée des GAFA, permettant à la France de conserver un écosystème radiophonique dynamique indépendant, d’assurer la transition numérique de la radio et d’ouvrir des opportunités de développement.

Plusieurs pays européens ont déjà fait le choix du DAB+ qui se développe avec succès : la Norvège, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou encore l’Italie. En France, malgré un retard important, un nouvel élan se dessine depuis quelques mois grâce à la feuille de route 2018-2020 pour le déploiement du DAB+ définie par le CSA, en décembre 2017. Selon les mots de son président Olivier Schrameck, « c’est dans cette logique que s’inscrit l’action du Conseil sur le DAB+ : une logique de la complémentarité des réseaux, qui vise à faciliter l’accès et l’écoute de la radio. À terme, l’auditeur ne se posera plus la question de son mode d’accès, FM, Internet, 4G, DAB+, mais écoutera sa radio préférée en laissant son récepteur choisir la solution de réception la plus adaptée ».

Le DAB+ présente plusieurs avantages :

  • Un son HD ;

  • Une migration numérique maîtrisée dans l’hertzien ;

  • Un accès libre, gratuit, anonyme aux contenus contrairement aux offres digitales ;

  • Une norme européenne présente dans quelques mois dans toutes les voitures ;

  • Une continuité de réception, notamment en mobilité ;

  • Une possibilité d’extension géographique dans un contexte de saturation de la bande FM ;

  • Un enrichissement de l’expérience auditeur grâce aux données associées ;

  • Une technologie « IP-compatible » ouvrant de nouvelles perspectives dans le futur écosystème de la radio.

Après Paris, Nice, Marseille, Lyon, Lille, Strasbourg, Nantes et Rouen, Bordeaux et Toulouse, un nouvel appel « régional » est en cours afin de couvrir 15 grandes agglomérations : Bayonne, Pau, La Rochelle, Dijon, Besançon, Grenoble, Saint-Etienne, Annecy, Chambéry, Annemasse, Toulon, Avignon, Tours, Orléans, Poitiers. Un appel aux candidatures « métropolitain » a également été lancé en août dernier par le CSA et permettra prochainement à 24 radios nationales de couvrir l’ensemble du territoire français.

En décembre 2018, le seuil de 20% de la population couverte par le DAB+ sera clairement franchi et constaté par le CSA, déclenchant ainsi l’obligation légale d’intégration du DAB+ dans les récepteurs radio à l’échelle industrielle.L’engagement des réseaux nationaux (Lagardère, NRJ, RTL) et surtout de Radio France sera important pour permettre le plein succès et le déploiement du DAB+. Le SIRTI s’interroge donc sur la manière donc le Gouvernement accompagnera financièrement la présence de Radio France en DAB+.

2/ La présence de la radio hertzienne en mobilité, particulièrement dans les voitures et les smartphones

Le succès grandissant des appareils connectés (voitures ou enceintes notamment) et les atteintes de plus en plus fortes à la neutralité du net, inquiètent les radios et le contrôle qu’elles auront à terme sur leurs contenus.

Dans une récente étude sur les atteintes à la neutralité du net, l’ARCEP a relevé cette problématique : « en dehors des smartphones, le choix des constructeurs de mettre en avant certains contenus s’avère peut-être encore plus criant dans le contexte des enceintes connectées. Certains partenariats des constructeurs d’enceintes s’avèrent difficiles à contourner pour la concurrence : ainsi, le partenariat de Google Home avec l’application de streaming TuneIn, acteur américain proposant des webradios et autres contenus audio, rend difficile l’accès des autres radios aux utilisateurs desdites enceintes. »

Le Code européen des Communications Électroniques actuellement en discussion à Bruxelles a introduit de nouvelles dispositions sur l’accès obligatoire à la radio hertzienne (FM et DAB+) dans les voitures, ce qui est une bonne chose et un premier pas. En revanche, aucune mesure n’est prévue pour assurer cette présence au sein des smartphones. La radio est un média de mobilité ; elle s’écoute en voiture, dans les transports en commun, au travail, à la maison… L’enjeu essentiel pour la radio est de pouvoir être diffusée et reçue partout. Or, avec la prédominance de l’IP dans les smartphones – qui tendent à remplacer le récepteur radio traditionnel – rend l’écoute du média moins aisée : saturation des réseaux 4G/5G, verrous de certains géants du net…

Les radios ont donc besoin du soutien des pouvoirs publics pour la préservation et la valorisation de la FM et du DAB+. Une mesure simple pourrait consister à rendre obligatoire l’activation ou la présence d’une puce de réception hertzienne dans les smartphones et les voitures.